La tonte des alpagas : Bien-être animal & Récolte de fibre 🌸Édition Fête des Mères🌸

La tonte chez La vie en alpaga, une ferme familiale située à Beloeil

Cette année, notre première journée de tonte a eu lieu le dimanche de la fête des Mères! Peu importe l’année, nous visons toujours le mois de mai pour cette activité alors il n’est pas rare qu’elle coïncide avec cette célébration. Dimanche dernier, ma mère, mes enfants, ma belle-mère et mon frère et ma belle-sœur ont partagé cette belle journée avec nous.

Pourquoi tondre les alpagas ? Une question de bien-être animal

La tonte annuelle est avant tout essentielle à la santé de nos animaux. Depuis toujours, les alpagas sont élevés pour la qualité de leur fibre. Nous sélectionnons nos reproducteurs pour obtenir une toison fine, longue et dense, ce qui rend la tonte obligatoire.

L’objectif est de soulager les alpagas avant l’arrivée des chaleurs estivales et s’assurer que la fibre aura le temps de repousser suffisamment avant le retour du froid. Au Québec, le mois de mai est souvent la période idéale, avec certaines particularités régionales, selon les années.

Nous profitons aussi du fait que les alpagas soient installés sur la table de tonte pour les examiner. Bien que nous les côtoyions à chaque jour et que nous faisons des soins au cours de l’année (tels que la taille des onglons et le suivi du poids), il arrive parfois que des problèmes de peau qui passaient inaperçus lorsque la fibre était longue, soient décelés lors de la tonte. Il s’agit donc d’observer et de faire notre plan de soin pour ceux qui en auront besoin. Nous examinons aussi les dents et procédons à la lime des incisives et/ou à la taille des « dents de combat » lorsque c’est nécessaire.

La récolte de la fibre d’alpaga

Puisque nous élevons les alpagas pour leur fibre, la tonte représente une étape cruciale de nos activités, soit la récolte de la matière première. C’est à partir des toisons recueillies grâce à la tonte annuelle que nous créons nos fibres à filer, nos fils à tricoter et des articles prêts-à-porter uniques qui constituent la Collection La vie en alpaga.

Francis tond avec une grande précision pour protéger l’alpaga tout en ayant le souci de préserver la longueur de la fibre (il faut éviter les « second cuts » qui résultent du fait de passer deux fois au même endroit) et d’empêcher la contamination entre les différentes qualités. Nous procédons en tenant compte des couleurs pour éviter que des poils foncés ne se glissent dans les lots de fibre blanche, par exemple. J’effectue un premier tri dès la tonte, de manière à m’assurer que les portions souillées (d’urine ou de fumier par exemples) ou trop contaminées de débris végétaux soient retirées, que les portions humides aient le temps de sécher avant d’être rangées et que les différentes qualités (selon les zones du corps) soient séparées.  Un exercice de gradation sera fait plus tard, pour constituer des lots uniformes en combinant la fibre de différents alpagas, dans le but de faire transformer la fibre (j’y reviendrai dans un prochain article).

Le choix de tondre nous-mêmes : un savoir-faire familial

Le métier de tondeur existe et différentes personnes offrent leurs services aux propriétaires d’alpagas. De notre côté, nous avions envie de nous charger nous-mêmes de cet aspect de l’élevage. Je dis « nous » mais honnêtement, c’est bien parce que Francis avait l’intérêt et la motivation pour apprendre à maitriser cet art que nous avons pu aller de l’avant! Il a débuté en donnant un coup de main sur d’autres fermes, en aidant d’autres tondeurs, puis il a perfectionné sa technique chez nous, grâce aux conseils de différents mentors. Après avoir expérimenté diverses installations, nous avons fait l’acquisition du matériel : des rasoirs et des lames évidemment et aussi une table de procédure. Plusieurs tondeurs choisissent d’installer les alpagas au sol alors qu’ici, nous avons opté pour une table conçue à cet effet, sur laquelle l’alpaga se retrouve couché sur le côté. Il s’agit vraiment d’une préférence personnelle et, en ce qui nous concerne, cet outil nous procure un plus grand confort ergonomique et une meilleure efficacité.

Tondre nous-mêmes nous permet plus de souplesse : si les nuits sont encore froides, s’il pleut à répétition ou s’il survient un imprévu, on peut ajuster l’horaire selon nos disponibilités, alors que si on faisait affaire avec un tondeur professionnel, la date devrait être réservée longtemps d’avance. Pour un troupeau de la taille du nôtre, une seule journée suffirait pour compléter l’exercice. J’admets que cet aspect a un petit quelque chose de séduisant! Il n’est pas exclu d’avoir recours à des services externes un de ces jours mais présentement, je dirais que relever ce défi à notre rythme, en famille et à chaque année nous permet de partager des moments forts auxquels on tient beaucoup.

Un travail d’équipe et des soins attentionnés

Depuis nos débuts, nous avons la chance de compter sur une petite équipe bien rodée : des membres de la famille, des amis qui nous offre leur aide à chaque année et aussi quelques personnes qui s’ajoutent au gré de leurs disponibilités et grâce à qui nous pouvons procéder en sachant que l’opération se passera bien. Plusieurs rôles sont attribués : il faut aller chercher les alpagas, les installer sur la table de tonte, identifier les différents sacs et échantillons de fibre, soutenir les pattes et la tête pour aider Francis, repositionner les alpagas et veiller à ce qu’ils retournent bien dans leur enclos, nettoyer avant de passer au suivant… On aime aussi avoir quelqu’un qui prend le temps de faire quelques photos avant et après la tonte, qui nous rappelle de faire la pesée avant de libérer l’alpaga, qui note les observations et… qui jette un petit regard critique pour vérifier que le toupet est symétrique, autant que possible 😉 Je mentionne aussi que le fait que les repas et collations soient prévus d’avance (merci aux grands-mamans!) facilite le tout et apporte la petite dose d’énergie (souvent sucrée!) qui soutient toute l’équipe 😄   

Une tradition qui se poursuit

La tonte annuelle représente un investissement majeur en temps et en équipement (sans compter la pratique nécessaire avant d’être satisfaits du résultat 😉) mais c’est surtout une activité qui nous permet un contact privilégié avec notre troupeau. C’est une façon unique de connaître chaque animal et de s’impliquer dans les soins et les gestes qui sont au cœur d’une petite ferme comme la nôtre. Avoir nos enfants qui s’impliquent aussi, chacun à sa manière (et pas seulement pour la Fête des mères!) est un réel bonheur et donne encore plus de sens à l’aventure qu’est pour nous, La vie en alpaga.

Au moment où j’écris ces lignes, près de la moitié du troupeau est prêt pour la belle saison. Comme le soleil sera au rendez-vous et que le temps s’annonce doux pour la fin de semaine, nous nous occuperons de la suite.

Restez à l’affût : je reviendrai ajouter des photos des alpagas pour vous montrer leurs silhouettes d’été!